L’agence nous donne quelques règles pour la rédaction de notre lettre. Une page maximum, débutant par une présentation de notre couple, puis une partie plus personnelle mettant en avant les éventuels points communs que nous pouvons avoir avec elle suite à la lecture de son profil.
Nous lisons et relisons donc le profil de 25-Y3B. Elle est jolie, plutôt jeune, semble simple, dans le bon sens du terme, et habite dans une ville très reculée du Canada. Elle coche absolument tout ce dont nous avions imaginé de notre future mère porteuse. Curieusement, ce qui me ravit le plus, c’est sa localisation géographique. Notre séjour découverte à Toronto avait un peu trop remué mes stéréotypes. Dans la construction de mon aventure, la chemise à carreaux faisait partie intégrante du parcours, surtout depuis notre séjour à Toronto, où notre désir de Canada en chemise à carreaux s’est renforcé. Sa province compte 11 habitants / km², alors qu’en France nous sommes à 107. Exactement ce dont j’ai rêvé.
Notre présentation de couple est plutôt banale et descriptive. Pour la partie plus personnelle, c’est une autre histoire.
J’axe ma prose sur le pouvoir de la sororité, voire même sur une approche plutôt féministe de la chose, approche très certainement déloyale envers les couples gays qui seraient éventuellement en concurrence avec nous. Car, bien que je ne sois pas une féministe revendiquée, loin de là, je pense malgré moi faire avancer la cause davantage par mes actes que par mon idéologie. J’ai une entreprise, j’ai des salariés, et parfois, lors de réunions de chantier bien trop matinales, je me complais, dans cette cabane de chantier étroite, à me faire respecter par cette dizaine de bonhommes bien plus costauds et plus âgés que moi. Mais que nous soyons clairs, ce respect n’est absolument pas obtenu par une quelconque forme d’autorité ou de supériorité. Ce respect s’installe grâce à l’amour que je porte à mon métier, grâce à mon approche extrêmement technique des choses, qui exclut toute forme de sexualité au profit du simple plaisir de discuter avec les entreprises des différentes contraintes et complexités du projet, et surtout, par le profond respect qui s’installe envers les compétences et le savoir-faire de chacun.
Et c’est bien cela que j’ai envie d’échanger avec notre future mère porteuse. J’admire son approche du féminisme par l’acte qu’elle s’apprête à faire, qui dépasse à mes yeux toute forme de raison, et cette admiration est d’autant plus forte face au courage que représente une gestation pour autrui altruiste.
Pour monsieur, l’axe d’approche est bien évidemment différent. Il oriente son message personnel autour de sa passion pour la protection de la planète, à travers son travail lié à l’environnement. Son action, nécessaire pour le bien-être de tous, fait écho au profil de notre surrogate, qui souhaite également agir en ce sens via son entreprise.
Notre lettre est mise en page. Nous rajoutons une photo où nous ne sommes pas spécifiquement sur notre meilleur jour, car, finalement, notre meilleur jour n’est pas une réalité.
La chose est envoyée. Faut encore attendre…


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