Maintenant que notre changement de clinique est officiel, notre nouveau domaine de compétence s’oriente vers le transfert et la prise en charge physique d’embryons d’une clinique à l’autre, et ce à distance et bien évidemment en anglais.
Et comme nous sommes désormais habitués à être pris par la main pour absolument tout dans cette merveilleuse aventure, nous nous tournons tout naturellement vers notre clinique, en envoyant un énième mail plein d’enthousiasme dans l’espoir de déclencher les démarches du transfert. En retour, nous recevons deux ou trois noms de transporteurs, suivis de leurs numéros de téléphone. Visiblement, le transfert d’embryon va être une aventure un peu plus solitaire.
Afin d’éviter une interminable discussion téléphonique dans notre anglais sur mesure, pour expliquer au transporteur les adresses particulièrement incompréhensibles de Toronto, nous trouvons désespérément une adresse mail pour expliquer la situation. Le festival des signatures et des virements débute.
Dans un premier temps, les discussions se font avec le transporteur qui nous explique qu’après signature du contrat et réception du virement il lui faudra quatre semaines avant de planifier une quelconque prise en charge. Il prend soin de nous réexpliquer que ce délai ne débutera qu’après signature du dit contrat. A date, nous avions encore espoir de réaliser le transfert dans le second cycle de notre Surrogate, visiblement, il va falloir lâcher un peu.
Une rapide lecture nous fait dire qu’il ne s’agit pas d’un contrat, mais plutôt d’une décharge face à toute forme de responsabilité de leur part : panne de glacière, décongélation des embryons, accident de la route, erreur de destinataire… Nous acceptons avec plaisir de les décharger de toute surcharge mentale.
S’ensuit la mise en relation des deux cliniques. Dans un premier temps, Anova, notre nouvelle clinique, doit s’assurer de la bonne composition des embryons qu’elle va recevoir dans son laboratoire avant d’autoriser sa partie du transfert. Par chance, nous avions réalisé un test PGT-A permettant de définir précisément la qualité des embryons. Sur nos dix embryons congelés, cinq sont aneuploïdes, c’est-à-dire d’une qualité pas assez importante pour être utilisés lors d’une implantation. Ces embryons sont donc refusés par la clinique et ne pourront rejoindre leur laboratoire.
En France, ce type de test est absolument interdit car jugé comme une intervention sur la génétique, malgré que le resultat du test ne nous indique pas le sexe du bébé. Bien que cela n’aurait très certainement pas altéré notre choix sur le test PGT-A ou non, nous ignorions à l’époque que cela était interdit par chez nous. Nous sommes malgré tout ravis d’apprendre la chose, car cela permet de résoudre une énigme ou incohérence qui nous trottait en tête depuis le départ. En France, le taux de réussite d’un transfert est de plus ou moins 20 % d’après nos sources, au Canada, il dépasse les 65 %. Nous avions donc jusqu’à présent des doutes très sérieux sur les taux annoncés par les cliniques canadiennes qui, jusqu’à preuve du contraire utilisent les mêmes techniques de transfert que chez nous. Finalement, après cette révélation sur l’interdiction du test, ce delta est donc justifié par l’élimination des différents embryons non viables au fur et à mesure de son développement. Au début de la fécondation, nous avions vingt-cinq embryons, après le test, il n’en reste que 5 viables. Nous n’avons aucun jugement éthique sur ce qu’il est préférable de faire ou de ne pas faire ; ce que nous pouvons simplement annoncer, c’est qu’ici, les transferts ont un coût incommensurable…
Quoi qu’il en soit, il y a cinq embryons que nous allons laisser sur le carreau dans notre ancienne clinique par manque de courage de notre part. Sans l’audace de les détruire, comme suggéré par la clinique, ils resteront donc congelés, pendant l’année qu’il reste en temps de stockage compris dans notre forfait FIV. Pas très glorieux de notre part.
Une fois qu’ANOVA accepte de réceptionner les embryons dans son laboratoire, nous nous tournons vers Twig. Une nouvelle facture arrive et une nouvelle décharge de responsabilité déguisée en contrat. Après signature, tout le monde semble être d’accord sur une date. Twig nous demande alors si nous transférons également les échantillons de sperme. Oui bien sûr, jusqu’à ce qu’on apprenne que cela coûtera 500 € de préparation, plus 500 € de frais de transfert et autant de frais de stockage par an chez Anova. Ils resteront donc chez Twig en compagnie des embryons aneuploïdes. Le courage n’est pas toujours au rendez-vous.
Cette étape qui était un peu anxiogène s’est finalement déroulée à merveille avec, comme d’habitude, la sympathie et la bonne humeur de tous les participants, et notamment les deux cliniques qui ont pris les choses en main.
Le jour J, les embryons sont arrivés à bon port.


Laisser un commentaire