M+7.3 // SURROGATES !

Pendant quelques jours, on flotte sur l’eau. Nous sommes en fin d’année, la magie de Noël existe bel et bien et nous avons eu la chance que cela tombe sur nous. De l’autre côté de l’océan, une personne absolument inconnue décide en quelques heures de porter notre bébé, et ce, désintéressée financièrement. C’est surréaliste. Bêtement, cela me rappelle la définition de Jean Savatier qui s’est risqué, en 1942, à une définition de mon métier, qui s’exerce en tant que profession libérale et qu’il décrit comme une activité désintéressée, contrairement aux professions commerciales. Je m’applique chaque jour à suivre ce bon conseil, malgré les moments de flottement quand je dois payer l’Urssaf et les salaires.

Une fois l’émotion passée, que fait-on ? Que dire à cette personne fabuleuse ? J’aurais bien évidemment mille choses à lui dire et très certainement autant de questions à lui poser, mais a-t-elle vraiment envie d’autant d’attention ? Où est la limite entre sembler froide et profiter de sa grande générosité, et être une grosse reloue bien trop intrusive ? Nous n’avons aucun référentiel sur le sujet, hormis… Le Petit Prince.

Il ne s’agit pas du passage sur le mouton dans sa boîte en carton, ni du boa qui a mangé un éléphant, que les grandes personnes perçoivent comme un chapeau… Non, il s’agit de la rencontre avec le renard.

— On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
— Que faut-il faire ? dit le petit prince.
— Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…
— Le lendemain revint le petit prince.
— Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur…

J’ignore pourquoi chaque lecture de ce livre me transporte vers des émotions absolument irrationnelles. J’ai bien quelques vagues souvenirs d’un spectacle de collège, où, tour à tour, nous montions sur scène pour interpréter un personnage, et, me semble-t-il, je jouais l’allumeur de réverbères. Mais cela me semble insuffisant pour expliquer cette émotion. Ou bien est-ce ce passage qui me marque à vie, sur la vision des grandes personnes…

Quoi qu’il en soit, il faudra donc faire preuve de patience afin de construire une relation saine avec la mère porteuse. Tisser des liens jour après jour, y aller tranquillement. Et finalement, cela paraît bien normal. D’autant plus que, pour l’instant, nous avons peu d’administratif qui nous attend. Dans la série des mails reçus la nuit du bonheur, il y avait : le contact de l’avocat, le contact de notre nouvelle clinique, le contact du psy, un certain Jeff, et celui d’une gestionnaire en assurance…

Nous devons aussi faire traverser Toronto à nos embryons bien-aimés.

Un parc dans Venise

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