Quelques jours à peine après avoir diffusé notre lettre à l’agence, un nouveau message vindicatif m’est encore adressé : Regardes tes mails ! Certes, cela est pour la bonne cause, mais il ne faudrait pas que ça devienne une habitude.
Une fois de plus, je m’exécute. A peine ouvert, mon cerveau se focalise directement sur un mail à l’objet surréaliste : « Preparation for a kick off meeting ». Le cœur s’accélère. Le mail s’ouvre bien trop lentement. La visio aura lieu le soir même, en pleine semaine, 20h30 heure de Toronto, soit 1h30 du matin heure française. Par chance, nous n’avons rien de prévu.
Le mail est accompagné d’une longue explication sur le déroulement de la visio. D’abords aura lieu une petite présentation des différents partis, puis nous expliquerons ce qui nous a attiré sur le profil de la mère porteuse. Nous passerons à quelques questions fermées pour être certains d’être sur la même longueur d’onde : Dans le cas d’une malformation, allons-nous exiger à la mère porteuse d’avorter ? oui ou non ? Sommes-nous d’accord avec le protocole de remboursement ? Oui ou non ?… Enfin, nous discuterons de notre vision de l’après naissance. Resterons-nous en contact ? Accepterons que bébé revoie sa mère porteuse… Tout un programme.
Cette journée interminable passée, nous décidons de faire une petite sieste de début de soirée vers 19h30 afin d’être en pleine forme pour cette visio nocturne & en anglais. Jamais 1h00 du matin aura été aussi loin.
La visio débute. Nous rencontrons Nathan, le directeur de l’agence pour la 1ere fois. Nos visio précédentes avec l’agence ont été réalisées avec l’un de ses collaborateurs, parlant français, à l’accent québécois. Nathan est très enjoué. J’imagine que pour lui, ces moments doivent être des phases d’aboutissement très importants qui symbolisent les succès des mois passés, à travers ce long processus de GPA. Malgré ce qu’on pourrait imaginer, son métier semble être très administratif et ne doit pas être drôle tous les jours. Depuis le début de l’aventure, nous avons reçus des centaines de mails, entre agences, avocats, cliniques, et bien d’autres intervenants. Les naissances doivent révéler la beauté de leur métier.
Concernant la mère porteuse, elle est installée dans un recoin de sa maison, formant une sorte de bureau. Elle est dans la pénombre totale. Nous voyons à peine son visage. Nathan lui demande de se déplacer. Elle s’exécute. A la lumière, son visage apparait fort sympathique et agréable. Quelqu’un de bien ! Oui, car je fais partie de ces gens qui peuvent apprécier ou non une personne, en quelques secondes, uniquement en analysant ce qu’elle dégage de son physique ou son comportement corporel. On est parfois d’une arrogance totale… Elle dégage qu’elle que chose d’agréable et de bienveillant, bien qu’elle semble être dans un état de gène ou de timidité absolument. Tout comme nous.
A partir de là, j’ai totalement subi la visio. Absolument tétanisée par l’enjeu. J’ai pourtant, via mon travail, l’habitude de vivre des moments à très forts enjeux, notamment pour remporter des contrats absolument vitaux et indispensable pour faire vivre mon agence. Et, j’aime ces moments, où le stress tendance à me galvaniser. Ici, je suis stupéfiée.
Il faut dire que ne sommes pas préparé à ce genre de moment. Engager une discussion avec une inconnue totale, en anglais, à 1h30 du matin, pour déterminer en quelques secondes si on va s’engager sur des mois pour réaliser un miracle de la nature. Ce n’est pas banale.
Le programme de la visio s’organise exactement comme annoncé par l’agence, et c’est bien heureux. Cela permet au moins de s’affranchir des éventuels blancs de conversion qui auraient pu être encore plus gênant. 30 ou peut-être 45 minutes plus tard. Fin de visio.
Je me donne 2 sur 10. Ça va être difficile de dormir.


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