M+6.6 // NOTRE PROFIL VIDÉO


Quelques jours auront suffi à l’agence pour nous faire un retour concernant notre profil : It’s perfect ! Génial, le syndrome de la bonne élève qui somnole en moi est comblé. L’agence nous invite donc à passer à l’étape suivante, notre profil vidéo. Là, c’est bien moins drôle.

Nous ignorons comment cela se déroule dans les autres agences, mais chez Proud, le processus de sélection de la surrogate s’établit par strates successives.

Dans un premier temps, seules les mères porteuses qui correspondent aux critères établis par les parents, via le questionnaire à la cinquantaine de critères, recevront notre profil. Étant donné que nous sommes dans un pays où la GPA est altruiste, les mères porteuses ne courent pas les rues. Nous comprenons ainsi que des critères trop stricts amoindrissent les chances de matcher de manière exponentielle.

Si ça colle, les surrogates identifiées comme compatibles recevront uniquement les fiches profils des parents d’intention définis également comme compatibles. Désormais, ce sera à elles de décider de la suite de l’aventure. Elles doivent sélectionner un certain nombre de profils parents avec qui elles souhaitent poursuivre l’aventure. D’où l’importance d’établir au mieux notre fiche produit…

En retour, l’agence leur donne accès aux profils vidéo des futurs parents, toujours anonymes. Il faut donc établir notre profil vidéo. Et vite !

En pleine nuit, nous recevons un mail de l’agence avec quelques exemples de vidéos d’autres parents. Le choc est rude. Jamais nous n’arriverons à faire une telle vidéo et, de surcroît, en anglais. Le syndrome de la bonne élève rend difficile la fin de nuit…

Un ou deux jours passent. Après plusieurs visionnages, nous constatons que certains profils ne sont pas si bons, l’émotion redescend. Nous arrivons à classifier les vidéos en deux catégories : les bons, quasi inatteignables pour notre niveau d’acteur, surtout en anglais ; les moins bons, et ceux que nous pouvons challenger.

Au vu des performances de chacun, nous souhaitons réaliser notre vidéo en deux temps. Une première partie en extérieur, qui sera plutôt une présentation de notre couple et qui aura l’avantage de montrer notre lieu de vie, ce petit village où nous nous sentons si bien. Une deuxième partie en intérieur, plus personnelle.

Par contre, la temporalité joue contre nous. Nous aimons que les choses aillent vite, sauf que, présentement, Monsieur part dans quelques jours sur un autre fuseau horaire, et la météo, en ce mois de novembre, est plutôt détestable, à l’exception… du lendemain. L’état d’urgence est déclaré. Nous devons établir notre scénario et écrire notre speech. Demain sera le tournage.

Notre scénario en main, nous débutons cette nouvelle aventure par la phase de repérage, qui sera directement suivie par la phase de tournage. Le repérage, c’est assez simple. Nous habitons le long de l’océan, dans un petit port de pêche relativement charmant, il fait beau, la lumière est belle… Hormis la problématique des badauds, qui passent et repassent devant le lieu de tournage à cause de notre timing restreint qui ne nous a pas permis d’informer la mairie d’une privatisation de l’espace public, le repérage aura été relativement aisé et agréable.

Pour le tournage, c’est autre chose. Ça sera de loin la chose la plus complexe que nous avons eu à réaliser depuis le début de cette aventure… et les problématiques sont nombreuses pour faire face au syndrome de la bonne élève.

1re problématique : le soleil. Et oui, si on part à n’importe quelle heure et à n’importe quelle saison pour réaliser le tournage, on se retrouve avec un soleil puissant et bas, qui génère, au choix, soit des ombres très importantes avec un visage qui apparaît dans une pénombre totale, ou bien ce si beau soleil se retrouve en plein dans notre champ de vision, générant un visage crispé, pas spécialement avenant pour ce type d’exercice.

2e problématique : le vent. Notre village tout mignon, proche de l’océan, a la fâcheuse tendance à être exposé au vent, surtout en plein hiver… Force est de constater que le premier site, cette merveilleuse digue en avancée sur l’océan, finement repérée par nos soins grâce à nos nouveaux talents de cinéastes, n’est pas du tout adapté aux intempéries.

3e problématique : le texte. Très vite, on se rend compte que vouloir aller vite ne laisse pas du tout le temps d’apprendre son texte et, étonnamment, c’est un problème, surtout quand celui-ci est en anglais. Mais comme nous sommes des gens intelligents et pleins de ressources, nous avons la brillante idée d’utiliser nos deux téléphones. Le premier qui filme et l’autre qui agira tel un prompteur artisanal, sur lequel il y aura notre texte, assez gros pour le lire à distance d’un bras, et qu’il faudra faire défiler au fur et à mesure de l’avancement.
Car c’est artisanal, nous n’avons pas de trépied ou tout autre matériel semi-professionnel permettant de stabiliser nos équipements. Il faudra donc faire défiler le texte avec un des doigts qui ne tient pas le téléphone… Nous voici donc sur une digue, en plein vent, le soleil dans les yeux, car nous l’avons jugé préférable à la pénombre, chacun à tenir un téléphone en mode selfie et à faire défiler d’un doigt notre texte en anglais… Le fou rire a été, pour moi, la manière de prendre du recul face à cette situation plus ou moins ridicule.

Honnêtement, nous ne faisons pas partie des couples qui se prennent la tête pour un oui ou pour un non. C’est plutôt l’exact opposé. Mais là, avec mes fous rires à répétition et l’urgence du timing avant le départ de Monsieur, on a flirté de très près avec la limite de celui qui n’avait pas de fou rire durant les scènes.

Une petite marche le long de l’océan nous a été indispensable pour nous recentrer.

Les émotions passées, nous avons la lueur d’esprit de télécharger une application qui, en plus de filmer, permet de faire apparaître notre texte sur le même téléphone. Ainsi, tel un prompteur, le texte défile tout seul. Notre couple est sauvé ! Nous arrivons enfin à nous concentrer, et après plusieurs prises, c’est dans la boîte : nous avons les rushs, à la fois outdoor et indoor. Sacrée journée.

Sauf que l’aventure n’est pas finie. Désormais, après le scénario, le script, le repérage, le tournage, nous découvrons… le montage.

La première tentative est désastreuse. La partie outdoor fait ploucs reculés dans leurs petits villages. La partie indoor n’est pas mieux, et peut-être pire. En arrière-plan apparaissent une dizaine de bouteilles d’alcool issues d’un tri que nous avons réalisé la veille sur ces bouteilles que nous ne boirons jamais. Difficile d’expliquer ça à la future mère porteuse…

Il aura fallu plusieurs soirées de montage pour réussir à faire une vidéo que nous estimons acceptable. En intégrant subtilement une intro, des photos de nos vies, quelques bruits de mouettes, un zoom permettant de masquer les bouteilles d’alcool… Nous estimons notre vidéo à un bon 6/10, ce qui est certes très faible, mais une incommensurable progression au vu de notre niveau de départ.


La vidéo est transmise à l’agence.

Musée du cinéma Ouarzazate

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