M+5.5 // CONFIANCE EN L’HUMAIN

La date de prélèvement approche. Nous suivons par mail les différents échanges entre la donneuse, l’agence et la clinique. Une organisation importante se met en place avec les différents partis prenants pour construire un emploi du temps où les choses doivent s’enchaîner à la perfection, et ce, malgré des données d’entrée bien différentes : mobilité géographique & congés de la donneuse, idem pour son conjoint qui arrivera dans un second temps, anticipation des réactions du corps humain à des stimuli médicamenteux qu’il convient de caler lors des jours ouvrés de la clinique. Il serait mal venu que les prélèvements doivent se faire un dimanche.

La date d’arrêt de la pilule est définie. Les vols sont bookés pour la donneuse, ses congés semblent arrêtés, les vols sont ensuite bookés pour le conjoint. Les choses se mettent en place.

Parallèlement, nous recevons un premier mail en direct de la donneuse qui souhaite se présenter et nous exprimer le meilleur pour cette aventure. Nous sommes flattés, absolument reconnaissants de son geste, et émerveillés par sa sincérité. Mais, il faut bien l’admettre, nous sommes un peu désemparés pour formaliser une réponse adaptée. D’une part, car nous ne sommes pas habitués à de tels dons de soi, réalisés par une inconnue de l’autre côté d’un océan, et d’autre part, car les choses sont allées très vite.

Avec la donneuse, nous n’avons pas eu le temps de nous connaître. Cela est d’ailleurs peut-être mieux ainsi. Nous formalisons au mieux une réponse véritablement sincère sur le respect que nous avons pour elle et pour son acte.

Les échanges de planification reprennent leur cours. Petit à petit, un certain agacement semble naître chez notre donneuse envers la clinique. Nous comprenons que la clinique ne souhaite pas arrêter une date fixe de prélèvement, mais qu’elle se laisse plutôt une certaine latitude d’action pour s’adapter aux résultats des différentes prises de sang à venir. Cela semble judicieux.

Pour la donneuse, la vision est différente. Elle a des dates de congés fixes, arrêtées en accord avec son employeur, et elle ne pourra pas dépasser une certaine date limite. Cela semble judicieux également.

L’agence tente alors d’assouplir la discussion en invitant la clinique à arrêter une date dans la période de congés de la donneuse. L’effet est limité. La clinique refuse. Nous sommes à quelques jours de l’envol de la donneuse vers Toronto et l’issue semble plutôt incertaine. Nous recevons un mail de notre agence nous invitant à faire deux mails.

Le premier mail sera pour la clinique afin qu’elle arrête une date telle qu’exigée par notre donneuse. Après tout, le client est roi, donc pourquoi pas. Nous tentons la chose. Échec absolu et plutôt rapide. Nous sommes presque étonnés : ici, la santé se monnaie, et nous commencions à prendre goût à notre statut de client privilégié. D’autant plus que ce sentiment de client privilégié est savamment orchestré par la clinique, contrairement à la France, où c’est plutôt le médecin qui est roi.

Deuxième mail, à la donneuse, pour lui rappeler que nous avons sincèrement besoin d’elle. Celui-ci semble davantage porter ses fruits. L’organisation reprend son cours. La donneuse prendra bien son vol de nuit pour Toronto.

Un Diner à Mansfield

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